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Mes amies les bêtes... sur cette page, lisez plus bas comment apprivoiser les écureuils

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NUTZ, le bébé écureuil

 Il était une fois trois petites filles qui s’en allaient à l’école un après midi de juin...Au bord de la route, devant notre jardin ,elles aperçoivent une boule de poils roux qui gigote C’est un bébé écureuil, gros comme une petite souris ,et qui, soit trop faible et bousculé par ses frères, soit au contraire trop intrépide, a eu la malchance de tomber du nid. L’une des trois fillettes nous apporte dans le creux de la main sa précieuse trouvaille.

Bébé doit avoir un mois environ puisqu’il commence à ouvrir les yeux.Manifestement , il tète encore .Pour le sauver , il faut soit le remettre à sa mère, soit l’adopter. Nous allons tenter les deux solutions. Nous plaçons le petit animal dans une cage à l’abri des dangers et dans un premier temps nous partons pour acheter un biberon de poupée dans les bazars de Beaune .Vaine recherche. En dernier recours , je me rends chez un vétérinaire qui nous procure le biberon et le lait maternisé. Super ! De retour à la maison nous voyons un écureuil adulte rôder autour de la cage. Nul doute, c’est la mère.Nous la connaissons bien, car peu farouche , elle fréquente régulièrement notre terrasse en quête de nourriture et pille sans vergogne nos noisetiers, avant même la maturité des fruits. Nous sortons le bébé que nous posons près de la cage et observons la scène : immédiatement maman écureuil s’approche , saisit son petit dans sa gueule et détale en direction d’un sapin au sommet duquel elle a construit son nid. Adieu Nutzi ! Nous sommes à la fois satisfaits de cet heureux dénouement et déçus, car dans notre maison comme dans notre coeur, il avait déjà trouvé sa place... Mais voilà, Nutz devait être un bébé très intrépide, car deux jours plus tard... il errait encore sur la route ! Deuxième chute. C’en est trop. Cette fois nous décidons de le garder, car à la troisième tentative, il risque d’avoir moins de chance et de terminer sa courte vie sous une roue de voiture ou dans la gueule d’un chat .

La première tétée est un peu laborieuse . Passer de la mamelle à la tétine de silicone,ce n’est pas si facile ! Mais Nutz a très vite compris d’où vient désormais le bon lait chaud. En outre, il aborde sa période de sevrage et commençe à grignoter seul morceaux de pain, biscuits céréales...C’est toujours comique car, pour saisir sa nourriture ,il est très habile de ses pattes antérieures , mais il se tient mal sur ses pattes arrières et chancèle chaque fois à droite et à gauche avant de rouler sur le flanc. Il faut donc le bloquer dans le creux de la main. Le premier jour, je lui reconstitue une bourre à l’intérieur d’une panière, mais il refuse d’y rester et je le retrouve chancelant , vagabondant dans la pièce . Je décide alors de m’inspirer des mamans africaines : je lui fais un nid avec du coton dans un sac banane et le prends contre moi.Dès cet instant, calé et bien au chaud, Nutz se met en boule et s’endort. Ce corps à corps durera deux jours au terme desquels il rejoindra sa panière pour ne plus en bouger.

Le 30 juin, bébé écureuil va rendre visite aux élèves de l’écoleTous craquent devant la miniature, même la maîtresse, et se disputent le privilège de le tenir au creux de la main,surtout les filles qui s’attendrissent peut-être encore davantage devant le bébé fragile que devant l’animal . Nutz n’est nullement intimidé : les attentions de ses admiratrices le laissent complétement indifférent. Il dort.

Les jours passent... Un matin de juillet, nous retrouvons maman écureuil écrasée sur la route devant chez nous , là où nous avions récupéré son bébé errant quelques temps auparavant ...

Nutz a grandi. Nous l’avons installé dans la grande cage à chinchilla garnie de branches où il ne demeure guère que la nuit et pour la sieste. Il y fait son “dodo”, lové dans une manique de cuisine. L’écureuil est un animal trop vif pour vivre en captivité . En cage, c’est un malheureux. Le reste du temps ,il s’éclate dans la maison, fait son fou, et joue, joue...comme un chaton. Lorsqu’il veut jouer, il le fait savoir : il s’approche (“hun”, “hun” “hun”...),mordille les pieds ou les chevilles. Il tourne en rond après sa queue, exécute des sauts perilleux, des roulés-boulés, et m’ “escalade” des pieds à la tête. Il a aussi le don d’ubiquité: on le voit partout à la fois. Rapide comme l’éclair ,il passe d’un endroit à un autre en l’espace d’une seconde, executant parfois des dérapages sur le carrelage. Dans l’appartement , il explore chaque recoin et affectionne particulièrement trois endroits d’où il a pourtant bien du mal à sortir : la huche à croûtes de pain, la poubelle de bureau et ses papiers froissés qu’ils transporte un peu partout et le sac à sacs, trois cachettes où il fourgonne avec frénésie et qui le retiennent presque chaque fois prisonnier. Car il a toujours du mal à grimper après les parois lisses et je me porte à son secours pour le tirer de sa mauvaise posture.

.A deux mois il s’est aventuré dans la montée d’escaliers qui conduit au premier étage...et a découvert les légos qu’ils dérobe et cache un peu partout, jusque dans les lits si nous n’y prenons garde. Par contre, il redoute la descente .Un exercice qui lui demandera quelques jours d’apprentissage .Lorsqu’il est fatigué, il demande le câlin : je le prends sur moi et il s’abandonne , se vautre , se pelotonne, me lèche la main , me mordille , savoure les "crous-crous” sous le menton ... ferme les yeux...et s’endort en boule.Je suis de toute évidence devenue son “substitut maternel”, puisque, disponible, c’est moi qui m’en occupe. Il s’est installé une réelle connivence entre nous deux et son comportement avec moi est différent de celui qu’il adopte avec les autres personnes.

Je lui ai aussi appris le dehors en le lâchant au jardin ; le premier contact avec l’arbre n’est pas un succès : au lieu de grimper ,il se hâte de descendre pour regagner mon épaule. Il préfère de loin les acrobaties au sol et la fouille méthodique de l’herbe , à la recherche d’un vieux noyau ou d’une noix oubliés par un congénère. A l’extérieur, il est toujours inquiet: il scrute sans cesse le ciel et détale en poussant son cri d’alerte (“douk” “douk”) dès que passe une hirondelle.

Les jours ont passé. A présent, il va et vient de la maison au jardin, librement .Il s’est familiarisé avec l’extérieur et la nature. Et bien que la porte lui soit toujours ouverte sur la liberté, il n’a pas encore choisi la clé des champs. Il rentre de lui même dans la maison qui fut l’univers de son jeune âge, ou lorsque je l’appelle ,car il répond à son nom (ou à ma voix?)

Et puis est arrivé ce jour maudit du 17 août : les enfants ont retrouvé Nutz noyé dans la piscine : un danger auquel, bêtement,nous n’avions pas songé; tout s’est passé en quelques minutes comme c’est bien souvent le cas dans les accidents stupides. Lorsque nous l’avons retiré de l’eau, il ne respirait plus. Nous bavardions pourtant à quelques mètres de lui. Avant de sombrer, il a dû se demander pouquoi je ne volais pas àson secours,moi qui avait l’habitude de le tirer des situations difficiles lorsqu’il était petit ! Dans notre désarroi et notre acharnement à refuser l’évidence et à la demande des enfants , nous avons tenté comme des idiots...la respiration artificielle avec une paille! Ridicule, bien sûr...Mais la mort est un événement que l’on n’accepte pas et lorsqu’on y est confronté, on fait n’importe quoi, même les gestes les plus absurdes. Bien sûr, il n’y a pas mort d’homme . Néanmoins , les larmes familiales ont coulé pour une petite boule de poils roux qui tenait une énorme place dans notre maison et dans noscoeurs. Et comme des enfants, on se surprend maintenant à l’imaginer évoluant au paradis des écureuils dans un jardin plein de noisetiers...


Des écureuils plein la maison

Vous souvenez-vous de Nutz , le petit écureuil tombé du nid voici deux ans ? Je l’avais élevé au biberon , mais deux mois après avoir été recueilli , il s’était bêtement noyé dans la piscine. J’avais en ce temps-là conté son histoire dans le petit journal. Bien sûr, nous avions eu beaucoup de peine après sa disparition, car il était craquant.

Et cette petite bête nous manquait tout naturellement.

Or, quelques mois après sa mort , un autre écureuil vint régulièrement nous visiter. A croire que c’était l’âme du premier qui s’était réincarnée... ou que Nutz , témoin de notre peine, nous envoyait du haut de sa planète , ce messager providentiel. Nous le trouvions posté sur le pas de la porte à nous attendre ,et bien sûr nous lui lancions quelques noix ou noisettes , ce dont les écureuils raffolent. Il se montrait de moins en moins sauvage, et il accepta bientôt de manger dans la main. Il devint même de plus en plus effronté et lorsque la friandise se faisait attendre, il n’hésitait plus à franchir le seuil pour se montrer dans l’entrée, comme pour dire : “Alors, je suis là, qu’attendez-vous ?Vous me la donnez cette noix? Et puis un jour , perdant patience , il alla directement dans la cuisine, escaladant la petite table pour accéder à la corbeille de tous les régals .IL déroba le fruit délicieux avant de se sauver comme un voleur , la noix dans la gueule. Peu à peu, Mr “sans -Gêne” pensa qu’il était encore plus confortable de déguster les noix dans le séjour, sur le tapis laineux dont il fit son lieu de pique-nique, sans se soucier des morceaux de coques abandonnées sur place aux bons soins de la ménagère ! C’est ainsi qu’on devient un écureuil de salon.

Bientôt , son attitude effrontée fit des adeptes. Un autre écureuil ayant assisté au manège pointa lui aussi le bout de ses moustaches à notre porte. Etait-ce Madame amenée par Monsieur ? Apparemment non, vues les bagarres qui éclataient et éclatent encore sur la terrasse, rixes probablement motivées par la rivalité. Nutz N°2 veut l’exclusivité de la corbeille . L’autre jour , la salle à manger fut le théâtre d’un barroud sans merci, après une course poursuite de la table au piano, du piano au canapé, en passant par le vase de fleurs qui culbuta. Alors le rival impitoyablement chassé revint quand la place fut libre . Un troisième écureuil ayant sans doute repéré le manège des deux premiers constata qu’il n’y avait aucun danger vital à entrer chez les humains et s’en vint donc ,lui aussi, chiper des noisettes ou des noix dans la cuisine : une bonne grosse mère apparemment , au pelage beige clair , avec un oeil plus petit que l’autre, un défaut qui ne l’empêche pas de trouver la corbeille et qui , discrétement , vient se régaler en solitaire , pendant que les deux compères se font la guerre.

Et maintenant, avec l’arrivée des beaux jours, ce trio sympathique quotidiennement nous rend visite . De plus en plus à l’aise , nos écureuils entrent dès que la porte est ouverte et si je les taquine en m’interposant au seuil de la cuisine, ils tentent de forcer le passage par des attitudes d’intimidation. Un peu “gonflés”tout de même ! Ils ont également poursuivi l’exploration de la maison avec une visite des chambres : “Des fois qu’il y ait d’autres garde-manger cachés, on ne sait jamais...

Mais avec le retour du printemps et la saison des amours, si chacun d’eux s’en revient dans quelques semaines, escorté de sa petite famille au complet, je risque d’être débordée par ces envahisseurs gourmands... et ruinée par l’achat des sacs de noix au supermarché . Alors, je connais un autre Ecureuil , à la Caisse d’Epargne ,qui risque de baisser la queue!

Mais tant pis, car c’est un régal que de les voir zébrer d’un éclair roux les arbres du jardin, ou de les observer , “debout “sur le tapis , auréolés du panache de leur queue dressée ,en train de grignoter entre leur petites pattes habiles la graine qu’il ont soigneusement extraite de sa coque, dans un geste tellement humain que nous avons l’impression d’accueillir de lointains cousins.
JJ


Comment apprivoiser les écureuils

Il y a quelques années, nous avions trois ou quatre écureuils apprivoisés au jardin. (texte précédent) Ils étaient nombreux à cette époque, quand les ralentisseurs étaient encore présents dans la zone 30 et que les automobilistes levaient le pied. Leur suppression causa leur mort puisqu'on en retrouva cinq écrasés sur la route à l'automne, au moment des noix. Ils traversaient sans cesse la chaussée pour aller se régaler sur le noyer d' en face et tapaient dans les voitures en excès de vitesse. Depuis, ils sont beaucoup moins nombreux, autour de chez nous du moins, mais il nous arrive encore d'apercevoir un panache roux entre deux branches de sapin.

A la fin du printemps, je remarquai que l'un d'eux fréquentait de temps en temps la mangeoire des lapins nains lâchés en liberté sur notre terrain. Je décidai alors d'acheter des noix et noisettes pour commencer de l'apprivoiser car ce travail passe toujours par… le ventre . Quand je l'apercevais au fond du jardin je lui jetais quelques fruits secs tout en lui parlant doucement, d'une voix monocorde, répétant le nom de " Douk " que je lui avais donné . (Cette onomatopée ressemble au cri d'alerte de l'écureuil) ; mais il se sauvait à la vue de mon geste ou dès qu'il percevait le bruit de la porte et disparaissait dans les frondaisons voisines.

Pour attirer son attention, je tapotai les noix sur les pierres de la terrasse et en écrasai quelques - unes afin qu'il entende le bruit des coques broyées . En effet ces petits animaux n'ont pas une très bonne vue, mais ils ont l'ouie fine et pour eux le craquètement des coques est une promesse de festin : rapidement il manifesta davantage d'intérêt , se contentant de s'éloigner au lieu de disparaître, et d'observer du haut de la branche. Mais il n'osait pas encore venir récupérer le fruit jeté...

Un jour pourtant , sa gourmandise étant plus forte que sa peur, il se hasarda à récupérer la noix qui avait roulé jusqu'au bout de la terrasse. C'était vraiment trop tentant pour un ventre vide ! La partie était gagnée. Il me suffirait dès lors, de réduire de jour en jour la distance entre le fruit et moi, car ce qui est acquis est acquis en matière de confiance. Et chaque jour je jetais les noix plus près de moi, réduisant la distance qui faisait de nous des étrangers jusqu'à ce que Douk vienne à mes pieds s'emparer de la noix. C'est là que je vis que c'était une femelle qui devait avoir des petits, à voir les mamelles qui émergeaient de son pelage…En une semaine l'écureuil s'approcha à moins d'un mètre et quelques jours plus tard il entrait dans le séjour pour quémander lorsqu'il ne me voyait pas au dehors pour lui donner ce qu'il attendait. Il ne mit pas longtemps pour comprendre où était le garde-manger, une panière disposée sur la table dont il fit très vite son self-service personnel. Lorsque la porte-fenêtre était close, il recherchait une autre ouverture. Au début, il chapardait en hâte un fruit et quittait les lieux à toute vitesse …comme un voleur ! A présent il reste sur place dans le séjour ou le coin salon pour déguster tranquillement sa noix, installé sur la table ou sur un dos de chaise. Il devint de plus en plus familier et accepta très vite de manger dans la main. A ce propos, si cette occasion se présente pour vous, ne craignez surtout pas de vous faire mordre : l'écureuil ne vous attaquera jamais si vous lui tendez de la nourriture au bout des doigts : il commencera par vous sentir la main avant de prendre très délicatement le morceau de noix ou de noisette, même minuscule. On attend le moment où Douk viendra nous présenter ses petits. Mais s'y hasardera-t-elle ?


LE JOURNAL DE P'TIT PIAF

 

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A l ’heure où je tape ces lignes , “Ptit Piaf” est dans mon cou. J’ai pris soin de jeter sur mes épaules une serviette au cas où...P’tit Piaf s’est posé entre le col du polo et la naissance des cheveux: c’est son nid. Il s’y ébroue “trifouille”, “fourrage”, mordille oreille, collier ou chaînette et me raconte plein d’histoires en ce moment précis où moi je vais vous conter la sienne...

“Ptit piaf “venait de naître. Il était bien au chaud dans son nid douillet .Ses parents l’avaient construit dans la couronne d’un gros platane de la place de Lautrot . Ilsavaient pris soin d’éviter les toits pour échapper à la main cruelle de l’homme ou à l’inondation des chaîneaux après l’orage. Le feuillage touffu du platane était un lieu sûr et “P’tit Piaf” n’avait rien d’autre à faire que d’attendre la becquée de ses parents et l'instant initiatique mais tellement époustouflant du premier envol qui ferait de lui un vrai moineau.
Mais non loin de là épiait l’oeil noir et cruel de Dame Pie ...
Celle-ci avait repéré le nid songeant que les oisillons seraient un festin pour elle et ses petits. Un beau matin elle passa à l’attaque. Les parents Piaf assistèrent impuissants au carnage , c’est la loi cruelle et inexorable de la nature .Il y eut des piaillements de détresse,des coups de bec, le nid dégringola dans un explosion de plumes , de paille, et après une chute libre vertigineuse ,”Ptit Piaf” s’éveilla au milieu du gazon .Il était seul, le seul rescapé du carnage, ses frères n’étaient plus là .Il avait froid. C’est qu’il était de la taille d’un pouce , tout nu, tout rouge et presque aveugle. Il se résignait à mourir lorsqu’il sentit une présence. Quelque chose de chaud et de vivant le saisissait Il n’eut pas peur . Ce n’étaient pas les serres d’un rapace. Juste une main d’enfant . Une main salvatrice ,il le savait.

Voici comment P’tit Piaf fit son entrée dans notre maison. Mon fils tenait à la main le nid détruit . Au milieu des fétus s’ouvrait un bec immense, tout jaune , qui éclipsait les quelques grammes du petit corps sans plumes J’avais déjà compris qu’ on m’apportait un bébé à élever , avec tout ce que cela comporte de contraintes, voire d’esclavage. Au début, nous avons cru qu’il s’agissait d’un petit étourneau car sans plumage ,il était difficilement reconnaissable. En fait , c’était un moineau, un “Pierrot” , un vulgaire “piaf”, comme on dit communément, car le moineau est un mal aimé. D’où ces synonymes péjoratifs qui n’existent pas pour d’autres espèces On s’attendrit devant des petits passereaux comme le pinson, la mésange ou le chardonneret, mais ce “titi “ des rues, avec son terne plumage et sa grande gueule (pia..., pia...,pia...), est méprisé.Il passe pour être laid, bavard, effronté gourmand et querelleur. Parce qu’il pullule autour de nos maisons, dans les parcs et les jardins dont il picore les semis. Pourtant le moineau domestique est en forte régression. On tolère le nid des mésanges dans sa boîte à lettres ,mais pas les nids des “Pierrots” sous l’avant toit.Il y a même des personnes qui les tuent systématiquement . Du “moinocide “ savamment orchestré. Serait-ce le début du “racisme”?

Bref, “P’tit Piaf” fit son entrée dans notre maison et personne ne voulait le voir mourir de faim. Comme il était nouveau né ,il lui fallait une nourriture adéquate. En effet, les oiseaux, même granivores, mangent toujours des insectes les premiers jours qui suivent l’éclosion, les graines étant trop dures. Heureusement, les Oiselleries vendent des pâtées spécifiques et il est très facile d’élever un oisillon , à condition de ne pas être chiche de ses peines. C’est ce jour-là que commença la galère: galère des becquées à chaque instant réclamées par “des pia-pia “intempestifs, galère de la nourriture qui tombe à côté du bec ou galère des crottes chues au hasard...Et le pire restait à venir... Au bout d’une dizaine de jours d’astreinte passés à rassasier un bec , P’tit Piaf, s’est emplumé : il était devenu un fringant moineau et prit son envol. Un envol maladroit qui lui permit néanmoins d’explorer chaque recoin de la maison. Ce jour-là, il refusa toute nourriture . Je pensais qu’il était malade. En fait ,il était si occupé par la découverte du “delta plane “qu’il ne pensait pas à se nourrir ; son appétit revint d’ailleurs dès le lendemain. Mais avec l’usage de ses ailes, une autre galère commençait pour moi...

Il faut savoir que chaque fois que vous élevez un bébé animal, l’attachement est inévitable, il vous prend pour sa mère et fait corps avec vous. Et cela au sens propre, c’est- à- dire, qu’agrippé à vous, il vous colle comme la glu. Cet amour se nomme sans doute la reconnaissance du ventre ! Lisez Konrad Lorenz (1) et l’histoire de son oie Martina. C’est aussi ce qui m’était arrivé avec Nutz ,l’écureuil élevé au biberon et qui était perpetuellement accroché à moi. Parfois, P'tit Piaf pousse des  piaillements tonitruants : il n'a pas forcément faim , mais souhaite tout simplement d' être pris . Il réclame un corps à corps. Je le pose sur mon épaule et il se coule dans mon cou où il se blottit en diffusant des des “piii, piii...” très doux qui signifient “je me sens bien et je t’aime”. Craquant bien sûr, mais collant.

Evidemment, il déteste la cage et si je m’avise de l’y mettre un instant, il piaille et rue dans les barreaux jusqu’à ce que j’ouvre la porte. Alors j’ai sagement renoncé à la captivité qui le protégerait pourtant des dangers . Mais il accepte d’y retourner le soir en attendant de passer la nuit à la belle étoile ,comme tous les oiseaux de la nature.... A présent, il vole d’un arbre à l’autre dans le jardin , tout surpris d’y rencontrer ses semblables . Il s’aventure aussi dans les propriétés voisines et probablement beaucoup plus loin, car il s’absente désormais des journées complètes .... Solitaire les premiers jours, il a maintenant établi le contact avec ses congénères et il revient de ses escapades souvent accompagné... d’une “oiselle” . Et si l’on admet que les animaux sont dotés d’un langage , que peut-il bien raconter “aux copains”de son passé peu commun ? Il revient à l’appel se poser sur ma main ou mon épaule , ou bien rentre de lui-même dans la maison lorsque la faim le tenaille. Parfois même , il refuse obstinément de sortir ou de quitter mon épaule. Il ne fait pas toujours bon ménage avec les écureuils qui continuent de chaparder à la cuisine et ces derniers le poussent. Drôle de maison où un livreur un jour se présenta , qui fit des yeux tout ronds, ahuri de me voir ouvrir la porte d’entrée avec un oiseau sur la tête et deux écureuils à mes pieds et se demandant bien sûr dans quel étrange zoo il était tombé! Notre maison est décidément “une cage à l’envers”: il faut en fermer les portes pour empêcher les animaux d’entrer, auquel cas ils s’accrochent aux petits bois des vitrages pour se faire voir et protester contre ce huis clos.

Quel avenir attend cette petite boule de plumes qui n’a peur ni des hommes ni des chats, et qui n’a jamais appris la méfiance ? Les jours à venir nous le diront et je vous le dirai moi-même dans un prochain numéro. En tous cas, si un petit “piaf” vient un jour se poser sur vous à l’occasion d’une fugue, ne le chassez pas , ne lui faites pas de mal : il vient par ce geste de confiance remercier l'HOMME qui ,pour une fois, lui a sauvé la vie. ..

Nous étions quelques jours avant Noël. Un matin, P’tit Piaf arriva avec sa bande et se posa sur cette même branche de forsythia qui lui servait invariablement de piste d’envol pour un raid direct et sans escale ...vers la cuisine. Comme d’habitude , je sortis le paquet de riz, mais il se goinfra moins qu’à l’accoutumée. Je remarquai qu’il ébouriffait son plumage et j’attribuai cette attitude au froid. Il avait un oeil à moitié fermé et les plumes d’une joue souillées Je songeai qu’il avait dû se bagarrer avec d’autres pierrots. Il revint plusieurs fois dans la journée , pas toujours pour picorer, mais pour y trouver autre chose ,semble-t-il, peut-être la chaleur ou ma présence. Le lendemain matin , alors qu’il il attendait sur sa branche de forsythia , je lui ouvris ma porte. Son oeil gauche était mi-clos et son plumage gonflé ,comme la veille. Il avala quelques miettes de pain , rechigna sur le riz et refusa de sortir. Je fis de vaines tentatives et leposai tour à tour sur un dos de chaise, la poutre de la hotte , le haut d’une porte, mais il revenait sans cesse sur mon épaule pour se réfugier dans mon col, exactement comme lorsqu’il était petit. Ou alors, il descendait le long de mon bras, jusqu’à ma main où il donnait de petits coups de bec pour que j’en ouvre la paume, afin de s’y lover comme dans un nid. Visiblement , P’tit Piaf n’était pas “dru”. Pour expliquer ce comportement, on évoqua un mue hypothétique qui fait que les oiseaux sont moins en forme à cette période . A partir du troisième jour, Ptit Piaf ne voulut plus quitter la maion ni mon épaule . Son second oeil était devenu larmoyant. Ilperdait l’appétit et la vue du paquet de riz le laissait de marbre.

La veille de Noël son état empira et l’on comprit qu’il était réellement malade. Mais quefaire? Il présentait des signes neurologiques évidents et ne maîtrisait plus les positions de sa tête . Il n’avait même plus la force de quitter sa corbeille pour rejoindre mon épaule ; alors il lançait à mon passage des “pia” “piaa” ,à la fois plaintifs et suppliants qui me brisaient le coeur...Une piqûre de Terramicine traitant les maladies aviaires les plus courantes comme la coccidiose nous fit espérer. Mais la maladie était trop installée sans doute et le remède n’eut aucun effet.

Le soir de Noël, P’tit Piaf agonisait. Le 25 au matin ,il gisait mort dans sa corbeille. Au moins avait-t-il eu la chance de mourir au chaud. Mais pourquoi en cette nuit de Noël ? Et qui dit que les contes de Noël ont toujours une fin heureuse?

Comme pour Nutz l’écureuil , on versa notre larme pour une toute petite boule de plumes arrachée à la mort voilà six mois. Mais pour transformer cette histoire en conte qui finit bien , on conclura , comme dans “La Petite fille aux allumettes” ,qu’en cette nuit du 25 décembre P’tit Piaf a décidé de suivre le Bonhomme Rouge pour aller vivre au pays du Père Noël .
JJacob (25 - 12 -2000)

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